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VSF-Suisse a un visage : faites la connaissance de Justus Namatsi, Chargé de projets au Kenya et en Somalie

VSF- Suisse, 05.10.2017

 

Né au Kenya, Justus Namatsi travaille en tant que Chargé de projet pour VSF-Suisse dans son pays natal ainsi qu’en Somalie, deux pays qui luttent contre des sécheresses récurrentes.
Ce qui guide Justus dans son travail avec nous ? La volonté de « soulager les souffrances, et transformer la vie des membres les plus vulnérables de la communauté de façon à améliorer leur autonomie grâce à nos interventions. »
Lisez l’interview de Justus pour apprendre comment s’organise l’aide d’urgence en contexte de crise et découvrez les nombreuses similarités entre les pastoralistes du Kenya et de Somalie !
 
   

Bonjour Justus ! Tout d’abord, peux-tu nous en dire un peu plus sur toi ? D’où viens-tu ?

 

J. N. Je suis kenyan et vis à Nairobi. Je suis originaire de Mumias, dans le Comté de Katamega, à l’ouest du Kenya. Mumias est connu pour la culture de la canne à sucre, même si les paysans diversifient aujourd’hui leurs activités.
Quelles études as-tu effectuées ?
 
J.N. Je suis détenteur d’un Bachelor en Production animale de l’Université d’Egerton (Kenya), d’un diplôme d’études supérieures en Développement communautaire et d’un Master en Gestion des ressources agricoles de l’Université de Nairobi.
 

Quelles sont tes aspirations ? 

 

J.N. Soulager les souffrances et transformer la vie des membres les plus vulnérables de la communauté de façon à améliorer leur autonomie grâce à nos interventions

 

Quel est ton rôle au sein de VSF-Suisse ?
 
J.N. En tant que Chargé de projets, je suis impliqué dans beaucoup de choses : le développement d’instruments de récolte de données tels que la conception d’enquêtes de référence, mais aussi le développement d’outils d’estimation rapide de la sécheresse et des moyens de subsistance, la conception d’instruments d’analyses de marges brutes et le développement d’outils d’évaluation de l’impact des projets, ou encore le développement de moyens de monitoring et la formation d’agents chargés de mener des études. Je suis facilitateur au sein de groupes de discussions, je conduis des interviews d’acteurs-clés et des enquêtes de référence, je mène des évaluations rapides et d’autres portant sur l’impacts des projets. J’apporte également un appui dans l’analyse de données et les rapports.

Mon travail inclut aussi la participation à l’évaluation de projets, la planification de meetings, le développement de plans de travail, la mobilisation et la sensibilisation des communautés, la sélection et la formation des bénéficiaires ainsi que l’élaboration de dossiers pédagogiques. J’apporte en outre un soutien technique, je veille au bon déroulement des projets et collabore avec les parties concernées. Je suis également impliqué activement dans l’élaboration de propositions de projets avec le Directeur pays et le chef d’équipe, et dans le développement de notes conceptuelles. J’écris aussi des rapports et participe aux meetings le cas échéant.

 

A quoi ressemble une journée typique de travail pour toi ?

 

J.N. On planifie nos activités en atelier et on développe des plans de travail détaillés qui guident l’implantation des projets. Les consultations sont faites avec les parties prenantes, par exemple avec le personnel d’un ministère du Comté, lorsqu’on on planifie une activité sur le terrain. S’ensuivent la mobilisation et la sensibilisation des membres de la communauté, ainsi que l’organisation de toute la logistique de l’activité, avant de partir très tôt pour l’activité du jour.

Sur les lieux du projet, je fais un rapport aux chefs de la communauté, aux anciens ou aux responsables en guise de briefing, avant de commencer l’activité de la journée et de la mener à son terme. L’activité en question peut inclure le processus de sélection des bénéficiaires, la vérification et la formation de ces derniers ou encore la conduite d’enquêtes de référence. Cela peut également impliquer une estimation rapide, l’évaluation de l’impact du projet ou la gestion des activités. D’autres jours peuvent être consacrés à travailler à des instruments de collecte des données, à des notes conceptuelles ou à la soumission de projets, entre autres.  

 

Qu’est-ce qui t’a conduit à travailler avec les ONG ?

 
J.N. Mon but était d’apporter une contribution positive par nos interventions aux vies de personnes vulnérables au sein des communautés.
C’est satisfaisant de voir que les interventions sur le cheptel portent leurs fruits. Les ONG complètent le travail du gouvernement et cela me donne l’opportunité de collaborer avec les ministères des autorités concernées à travers un agenda commun.
 

 

Justus (1ère rangée, toute à droite) avec une partie de l'équipe de VSF-Suisse Somalie

 
Qu’est-ce qui te motive à travailler pour VSF-Suisse ?
 
J.N. Ce qui me motive à travailler avec VSF-Suisse, ce sont les bonnes relations de travail avec les communautés avec lesquelles nous travaillons et dont les moyens de subsistance dépendent principalement de la production animale, ainsi que les collègues avec qui je fais équipe depuis longtemps, et la mission de VSF-Suisse. VSF-Suisse a une bonne réputation parmi les communautés avec lesquelles nous travaillons.
 
Qu’est-ce qui est le plus difficile et le plus gratifiant dans ton travail ?
 
J.N. C’est satisfaisant de voir les fermiers parvenir à nourrir le cheptel en période de sécheresse et de constater que la sécurité alimentaire s’améliore aussi bien grâce à la production de fourrage qu’aux interventions pour conserver et utiliser celui-ci. En fait, tellement de choses sont satisfaisantes : par exemple, l’accès facilité au lait de chamelles et l’augmentation de la taille des troupeaux de dromadaires, le fait que les foyers ayant bénéficié de distribution de dromadaires ont de meilleurs revenus et moyens de subsistance, ou encore le travail mené par les assistants-vétérinaires nomades pour fournir des soins de santé animales.
J’ai en outre eu l’opportunité de travailler et d’apprendre de diverses communautés dans différentes régions géographiques telles que le Puntland et la région de Gedo (tous deux en Somalie), et les Comtés de Mandera, Wajir et Isiolo (qui se trouvent eux au Kenya). Le seul défi est l’insécurité dans certaines régions.
 
Tu travailles au Kenya et en Somalie. Peux-tu nous en dire plus sur les similarités et les différences entre les deux pays ?
 
J.N. Les similarités entre le Kenya et la Somalie sont nombreuses, particulièrement dans les zones de nos projets : tout d’abord, la majorité des habitants sont des pastoralistes ou des agro-pastoralistes dont l’activité principale est la production animale. Le bétail est essentiellement composé de bovins, moutons, chèvres, dromadaires et ânes. Les ânes jouent un rôle fondamental dans le transport, tandis que le lait a un rôle important dans l’alimentation des communautés. Les agro-pastoralistes pratiquent l’agriculture irriguée en utilisant peu de cours d’eau saisonniers ou permanents en appui à l’agriculture fluviale.
 
D’autres points communs sont les défis auxquels pastoralistes et agro-pastoralistes font face au Kenya aussi bien qu’en Somalie : des sécheresses cycliques résultant du changement climatique, des difficultés liées à l’insécurité alimentaire, la dégradation des pâturages, des conflits basés sur l’utilisation des ressources (particulièrement dans le domaine de l’eau et des pâturages), mais aussi des risques de propagation de maladies animales augmentés par le commerce transfrontalier, telles que la péripneumonie contagieuse des bovins ou des caprins, la fièvre aphteuse ou la peste des petits ruminants, entre autres. 
 
Les différences sont qu’en Somalie, il a de grands déplacements de populations, de faibles infrastructures routières, des problèmes d’analphabétisme et certaines régions sont aussi plus dangereuses que le Kenya.
 
 Isiolo (Kenya), 2016 : Justus (1ère rangée, 6ème depuis la gauche) et nos équipes de la Corne de l'Afrique ainsi que les responsables programmes du siège, lors d'un meeting régional.  
 
Le Kenya et la Somalie font face à la sécheresse, et plusieurs régions de la Somalie sont menacées par la famine et les conflits. Peux-tu nous expliquer comment s’organise l’aide au développement et l’aide d’urgence dans de tels contextes ?
 
J.N. Nous surveillons la sécheresse et nous y préparons avant la crise. Des évaluations sont menées et des dialogues communautaires sont réalisés pour s’assurer de l’état de chacun, identifier les besoins et l’ampleur du problème, la population affectée et les interventions possibles.
Des mises à jour régulières de la situation sont fournies par l’Agence nationale de gestion des catastrophes naturelles (National Disaster Management Agency), le Réseau des systèmes de prévention d’alerte précoce de la famine (Famine Early Warning Systems Network), l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition (Food Security and Nutrition Analysis Unit), différents rapports et les meetings du Groupe de sécurité alimentaire (Food Security Cluster).
 
Les propositions de projets d’aide d’urgence sont développées pour les bailleurs, ou alors VSF-Suisse tente d’apporter des changements à des projets en cours afin d’y intégrer une assistance d’urgence. Plusieurs des projets d’urgence que nous sommes en train d’implanter en ce moment dans la région de Gedo (Somalie) grâce aux fonds de l’USAID/OFDA (Office of U.S. Foreign Disaster Assistance) et de la Chaîne du Bonheur incluent notamment la distribution de viande, celle de nourriture pour le bétail, l’approvisionnement en eau par camions et les interventions vétérinaires d’urgence.
Actuellement, des interventions d’urgence pour nourrir le cheptel et distribuer des réservoirs d’eau portatifs sont en train d’être menées à Isiolo (Kenya) grâce aux fonds de la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) au Kenya. VSF-Suisse et la FAO co-président le groupe de travail de secours d’urgence au bétail (Livestock Emergency Working Group) qui planifie et encourage la standardisation des interventions d’urgence entre les différents acteurs impliqués en Somalie.
 
VSF-Suisse allie assistance d’urgence, remise en état et développement en renforçant la résilience de foyers vulnérables pour leur permettre de surmonter les chocs et engager le développement sur des voies solides. Par exemple, l’approvisionnement en eau par camions est complété par la remise en état d’infrastructures hydrauliques, tels que des réservoirs d’eau et des puits peu profonds. La distribution de nourriture est accompagnée par la production de fourrage et des mesures de conservation de celui-ci. Les traitements vétérinaires d’urgence, quant à eux, sont renforcés par le travail des assistants-vétérinaires ruraux, formés et équipés pour fournir à la communauté des services vétérinaires de base. En tant que mesure d’adaptation au changement climatiquement et de renforcement de la sécurité alimentaire, le projet de distribution de dromadaires mené au Kenya [projet UPICAM, à lire ici] combine ces différentes phases.
 
La participation, l’intégration, la formation de groupes, le développement des capacités, la collaboration avec les gouvernements et d’autres ONG (par exemple avec l’Association des Professionnels du Bétail du Sud-Ouest, SOWELPA, dans la région de Gedo), mais aussi le renforcement de l’économie, le respect des cultures locales et des relations entre hommes et femmes, la prise en compte des conflits ou encore la protection environnementale sont les principales caractéristiques des interventions de VSF-Suisse.
 
Pour terminer cet entretien, peux-tu nous dire ce que tu fais-tu durant ton temps libre ?

J.N. Pendant mon temps libre, je regarde les matches de football, j’y joue si l’opportunité se présente, ou alors je suis avec ma famille.
 
Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions aussi précisément et avec une telle gentillese ! C’est un plaisir de travailler avec toi. Nous te souhaitons tout le meilleur dans ton travail et dans ta vie privée, et sommes ravis de travailler avec toi.
 

 Interview : Alexandra Breaud

 

 

 

Tags: Afrique  Kenya  Somalie 
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